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Depuis combien de temps le rap français n’avait-il pas généré un Artiste ? Un Créateur, dont la démarche soit unique et personnelle, et qui utilise l’idiome pour aller plus loin, dépasser les clichés, enfoncer les codes et les à priori ?
Soprano est un Artiste. Il a des certitudes : le rap, sa foi, l’amitié, la responsabilité... Il a aussi des doutes : le succès, la vie, la mort, sa double personnalité...

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Soprano est un leader naturel et timide, quelqu’un qui n’a pas choisi de se voir reconnu comme tel.

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Fasciné par Michael Jackson aux temps de ses chansons utopiques (“Heal The World”, “Black & White”), il décide très tôt de faire de la musique, puis du rap, quand il voit Kriss Kross et quand la culture frappe de plein fouet Marseille, jusque dans ses quartiers les plus reculés (Plan d’Aou). Avec deux autres Comoriens et un Marocain, il forme alors son groupe, dans l’ombre tutélaire d’IAM qui a donné à la ville une légitimité dans ce domaine, et à ses habitants d’autres rêves que celui de chausser les crampons, vêtu de ciel et blanc.

Soprano, dès lors, fais montre d’une rare intuition. Comme celle de se baptiser Soprano et de choisr avec les autres membres de son groupe de s’appeler les “psy 4 de la rime”, des années avant qu’une célèbre série télé américaine ne nous offre un héros nommé Tony Soprano, qui tente de résoudre ses tourments chez une psy !
Mais plus encore que ce détail, Soprano a l’intuition majuscule qui lui fait écrire les mots qui tracent une ligne directe vers le cœur de la jeunesse de son pays. Sur la foi de quelques concerts liminaires, Psy 4 se construit une notoriété instantanée, qui se vérifie à la sortie de leurs deux albums, tous deux disques d’or en quelques mois. Mais au-delà des chiffres, l’impact de Psy 4 est phénoménal, car c’est bien de la ferveur que le quatuor suscite, une ferveur et une confiance qui va bien plus loin que la simple popularité de chansons jouées en radio et bénéficiant d’une visibilité médiatique.

Dans cette démarche frénétique de création, Soprano s’est rapidement retrouvé à devoir assumer sa soif inextinguible d’écriture. Sollicité par à peu près tout le monde, il s’est retrouvé champion des featurings, et cible favorite des labels qui traquaient le groupe pour offrir à son MC le plus emblématique un contrat solo.

« Dès le premier album, il y a eu des maisons de disques qui sont venues me proposer de faire un solo. Mais il fallait que j’aie plus d’expérience. Après le deuxième, il y en a encore plus qui sont venus. Entre temps on avait monté le label Street Skills, qui m’a permis de me professionnaliser, de comprendre ce qu’était un contrat, des points, de me structurer. Ca m’a fait prendre de l’ampleur : on a monté une distribution, produit des mixtapes, si bien qu’au moment où les maisons de disques sont revenues, je savais de quoi je parlais. Et eux savaient que je savais de quoi je parlais. Les mecs de mon groupe m’ont dit « Fonce, maintenant, c’est le moment de le faire ! ». Ils m’ont appuyé. Ils ont décidé de décaler le troisième album de Psy 4 pour que je fasse le mien. »

En apéritif de cet album, Soprano a demandé à DJ Cut Killer de concocter un street CD reprenant l’essentiel de ses freestyles et featurings, enregistrés à gauche et à droite au cours des deux années précédentes. Augmenté de quelques surprises et d’un morceau festif qui figurera sur le véritable album solo de Soprano, Psychanalyse avant l’album fait le point avant l’ouverture des Hostilités, puisque c’est Hostile, le Def Jam hexagonal, qui a emporté le morceau.

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« “Hallah Hallah”, c’est un morceau rapide, fait pour les concerts. Un titre pour que les gens sautent partout, parce que j’aime beaucoup la scène, ça me permet de me lâcher. J’y raconte que les gens voient les jeunes des quartiers comme des individus pas civilisés, mais j’explique qu’on a juste besoin d’un micro pour s’évader. Le rap sert aussi à ça, les jeunes l’aiment, mais il n’est pas médiatisé, alors que Sinik, Diam’s, ou même Psy 4, on vend plus que la variété. Il va falloir admettre que les jeunes ont envie d’écouter du rap. »

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Après cette visite préliminaire sur le divan, en forme d’aide-mémoire, le début 2007 verra arriver la véritable ordonnance. Soprano tient à travailler son rap comme de la musique, en hommage à tous ceux qui l’ont influencé, Brel ou Balavoine, autant que Nas ou Bob Marley, Muse ou Coldplay. L’album mettra l’accent sur les ambiances, avec des productions de Soprano, qui s’est mis à la composition, il y a déjà quelque temps déjà, mais aussi de Mej, Yvan, Medeline, et de Sya Styles, le DJ de la Psychatra. Il y aura également quelques featuring, comme celui du Rat Luciano, l’autre figure incontournable de la seconde génération des rappeurs marseillais, pour venir lui prêter mains forte.
Car on peut compter sur Sopra pour livrer sur cet album, plus encore qu’avec son groupe, des explorations profondes et déstabilisantes de sa réflexion, il évoquera l’euthanasie, la mélancolie, ses chaos personnels, l’envie de tout faire sauter, au sens propre… Un disque qui sortira en plein schuss d’arrivée d’une campagne électorale agitée, et qui assumera ses responsabilités.

« Au début, je rappais pour rapper, sans avoir conscience de ma responsabilité. Mais quand les jeunes viennent me voir, ils me disent des trucs de fou ! Tu es obligé de faire gaffe, de réfléchir et de prendre conscience de tout ça. Je suis quelqu’un de très engagé, de militant, mais je ne veux pas faire n’importe quoi. On veut changer les choses, en montrant de bons exemples. »

On se souvient de l’intervention courageuse et méritoire de Soprano lors de la cérémonie des Victoires de la musique 2006.

« La politique, je n’en comprends que les grands traits, mais je sais que quand je vais sortir mon album, je vais me retrouver à faire plein d’interviews où il faudra que je dise aux jeunes d’aller voter. Je ne dirais pas pour qui, mais surtout contre qui. La politique, pour nous, c’est comme une injure, on la prend comme une agression, mais il faut bien qu’on se voit un jour représenté. On n’a pas envie de voir des caméras rentrer dans nos quartiers pour filmer des arrestations de jeunes qui auraient laissé leur ADN sur des emballages de pizza ! Mon album sera le seul à sortir à ce moment-là, et il faudra que je monte au front. Je suis conscient d’être un musulman, noir, qui fait la prière, qui vient des quartiers, et que par définition je vais être un cliché pour beaucoup de gens. »

Le cliché va en prendre un coup !